IN MEMORIAM TERRAE
La photographe Cloé Harent s’est immergée dans les paysages sauvages et minéraux du Cap de Creus, à Cadaqués - un territoire protégé où la roche, le vent, le soleil, la mer et le sel dialoguent depuis des millénaires.
Là, à la pointe orientale de la péninsule ibérique, dans cet espace liminal où la terre semble se dissoudre dans la mer, elle a trouvé le terrain d’une exploration sensorielle, presque sacrée.
In Memoriam Terrae est une série qui, dans un espace-temps fictionnel, rend hommage à une planète Terre encore brute et primitive, sans trace humaine.
Cloé Harent explore la mémoire inscrite sur la roche, en composant une vision du Cap de Creus comme un lieu traversé par des forces archaïques.
Son regard, proche de l’archéologie, s’appuie sur une intuition poétique; il esquisse un récit où se superposent les strates du réel et de la fiction. Les reliefs, les textures, sont les vestiges d’un passé énigmatique ou les prémices d’un futur possible. Dans ce récit en images, la roche devient une mémoire vivante. Chaque faille, chaque strie, chaque surface polie ou accidentée raconte quelque chose d’une histoire géologique, mais aussi de notre lien intime - et souvent oublié - à la Terre.
En s’approchant au plus près des textures, Cloé Harent travaille à l’échelle du détail, du fragment. Elle donne à voir un monde sans figure, où l’humain est absent, mais dont la présence fantomatique, en creux, ne cesse de hanter l’image. Car si In Memoriam Terrae évoque un monde sans nous, c’est bien pour mieux interroger notre manière d’habiter celui qui est encore le nôtre.
À une époque où il devient rare de trouver des lieux dépourvus de traces humaines, Cloé Harent nous invite à y plonger - tel un voyage intérieur qui réveille nos imaginaires enfouis, et ranime notre rapport à la Terre dans sa dimension la plus originelle.